Le
Vin, fruit du terroir et du travail
de l'homme, ne saurait être vécu
comme un simple bien de
consommation. Il constitue un fait
culturel et un facteur de vie
sociale.
L'apogée d'un vin et son
aptitude à la garde sont deux
notions liées, mais à ne pas
confondre. Toutes
deux dépendent de la couleur du vin,
de la façon selon laquelle il a été
élaboré, de sa constitution
(acidité, degré, anthocyanes,
tanins), du millésime (conditions
climatiques), et des conditions de
stockage; seules ces dernières sont
sous le contrôle de l'amateur. Les
deux notions sont liées parce que
plus un vin peut vieillir, plus il
exige de temps pour atteindre son
apogée. De nombreuses personnes sont
déçues lorsqu'elles boivent jeune un
vin de grande garde : ses arômes
sont peu développés, et ses tanins
durs heurtent le palais. Ces
personnes oublient un fait
élémentaire : les vins de garde
mettent du temps pour se faire; on
dit qu'il faut les attendre. De
nombreuses autres personnes ont
tendance à ne boire le vin qu'au
terme de sa capacité théorique de
vieillissement, et les déceptions
sont tout aussi fréquentes. La
raison en est simple : après avoir
atteint son apogée, le vin commence
à décliner. Un vin de grande garde
décline lentement, mais il décline.
Essayons donc de boire le vin aussi
près que possible de son apogée :
exercice délicat, car l'apogée varie
sensiblement d'un vin à l'autre dans
un même millésime, et le vin d'un
même domaine voit son apogée varier
notablement d'un millésime à
l'autre. L'apogée d'un vin ne peut
que se constater, et il est alors
déjà trop tard. Le mieux que l'on
puisse faire consiste à goûter le
vin de temps en temps...
Les conditions
nécessaires à la bonne conservation
du vin sont, par ordre
d'importance :
-
La
température du local, qui doit
être comprise entre 10 et 16°C.
Que la température soit basse ou
élevée dans cette fourchette n'a
pas grande importance, encore
que la température idéale soit
12°C. Ce qui importe, c'est
d'éviter les variations de
température : non pas les
variations saisonnières lentes,
mais surtout les variations
quotidiennes. Mieux vaut une
cave chaude (sans toutefois
dépasser 17°C) mais dont la
température est stable, qu'une
cave qui passe de 12°C la nuit à
16°C le jour; dans une telle
cave, le vin se fatigue
rapidement.
-
L'hygrométrie du local, au
minimum 70%; en dessous de 60%,
les bouchons sèchent et laissent
passer l'air.
-
L'éclairage du local : les vins
(encore plus les blancs que les
rouges) craignent la lumière.
Celle-ci agit en catalyseur de
certaines réactions chimiques
qui décomposent les colorants.
Les lumières très actiniques
telles que celle du néon sont
les plus nocives. Le verre
teinté de la bouteille assure
une meilleure conservation.
-
L'absence de vibrations; à ce
sujet, remarquons que le bruit
est source de vibrations.
-
L'absence d'odeur (peinture,
fruits, etc.). Les odeurs sont
en effet capables de s'infiltrer
par le bouchon...
Le
bouchon
L'apparition d'un mauvais goût n'est
pas toujours la faute du bouchon :
celui-ci absorbant les odeurs, il
faut prendre garde à ne pas
entreposer le vin près de matières
qui fermentent ou se décomposent.
Par ailleurs, on ne le répétera
jamais assez, le bouchon ne peut
jouer convenablement son rôle que
dans des conditions thermiques et
hygrométriques correctes : une
température à peu près constante, et
au minimum 70% d'humidité. En
dessous de 60%, le bouchon se
déshydrate et perd de sa souplesse;
le risque augmente d'avoir des
bouteilles couleuses, grave défaut
qui provoque la détérioration rapide
du vin. Avis à ceux qui achètent le
vin à la naissance de leurs enfants
pour le boire à leur mariage : dans
des conditions idéales de stockage,
les meilleurs bouchons ne durent
guère qu'une vingtaine d'années.
Pour éviter toute mauvaise surprise,
il vaut mieux les remplacer tous les
15 ans, par des bouchons d'aussi
bonne qualité.
Mise
en bouteilles
Si
vous êtes amené à mettre du vin en
bouteilles. Choisissez de préférence
un temps sec et frais. Mars et
septembre sont généralement des mois
favorables. Ne lésinez pas sur la
qualité des bouchons. Vous les
laisserez tremper une dizaine
d'heures dans de l'eau fraîche
additionnée du vin à mettre en
bouteilles. Le vin ne doit pas
tomber au fond de la bouteille, mais
couler contre la paroi. Ne pas tirer
trop rapidement : un tirage trop
rapide sature le vin d'air et le
fatigue. Laisser aussi peu d'air que
possible dans la bouteille. Le vin
doit ensuite se reposer pendant 2 à
3 mois, car il fait sa "maladie de
bouteille".
Aptitude à la garde
en règle générale :
-
les vins de primeur ne se
conservent pas au delà du
printemps;
-
il n'y a guère d'intérêt à
garder un vin de table plus d'un
an, car il ne se bonifiera pas
avec l'âge; exceptions
évidentes : les "super-Toscans"
et autres vins de grande qualité
qui n'ont pas le droit de porter
une appellation d'origine (ou
qui ne désirent pas porter
l'appellation à laquelle ils ont
droit);
-
les Beaujolais, les vins
blancs courants, et les rosés,
meilleurs dans leur prime
jeunesse, déclinent rapidement
au-delà de 18 mois.
-
blancs secs, petits rouges : 3
ans maximum;
-
blancs ordinaires de Bourgogne :
jusqu'à 3 ou 4 ans;
-
bons crus blancs secs de
Bordeaux : jusqu'à 4 ou 5 ans;
-
Bourgogne rouges : 5 à 8 ans
(bien davantage pour les grands
crus);
-
grands crus blancs de Bourgogne
et de Bordeaux, et meilleurs
Chenin de Loire : jusqu'à 10
ans.
-
très grands crus rouges de
Bordeaux et de Bourgogne : de 15
à 25 ans, ou davantage pour les
plus grands dans les meilleurs
millésimes;
-
blancs doux, sémillon, vendanges
tardives, vin de paille, Vins
Doux Naturels rouges :
fréquemment plusieurs décennies.
Bien sûr, il ne s'agit là que de
règles générales.